Le 9 juillet 1816, dans la ville de Tucumán, un événement historique marqua à jamais le destin de l’Argentine : la Déclaration d’indépendance. Ce jour-là, les représentants des différentes provinces argentines, réunis au Congrès de Tucumán, scellèrent la fin de la domination espagnole après plus de trois siècles. Cette déclaration ne fut pas le point final d'une révolution, mais plutôt un jalon crucial dans un long et complexe processus de construction nationale, jalonné de combats, de luttes intestines et de profondes transformations sociales et politiques.
Au début du XIXe siècle, l'Amérique du Sud, sous le joug colonial espagnol, était un continent bouillonnant. L'idéologie des Lumières, avec ses promesses de liberté et d'autodétermination, gagnait du terrain. L'exploitation des ressources naturelles et la profonde inégalité sociale alimentèrent le désir croissant d'indépendance chez les élites créoles.
Les préludes à l'indépendance argentine
L'influence des idées des lumières et le cri de la liberté
Les idées révolutionnaires, issues des Lumières, eurent un impact profond sur les intellectuels créoles. Des penseurs comme Montesquieu et Rousseau inspirèrent les arguments en faveur de la souveraineté populaire, de la séparation des pouvoirs et des droits de l'homme. Cependant, l’interprétation de ces concepts variait considérablement selon les individus et les factions politiques. Certains plaidaient pour une réforme graduelle du système colonial tandis que d'autres exigeaient une rupture immédiate avec l'Espagne.
Cette divergence d’opinions alimenta les débats et les conflits qui ont caractérisé la période précédant la déclaration d’indépendance. Les idées républicaines gagnèrent en popularité, mais des visions plus conservatrices, favorables à une monarchie constitutionnelle, persistèrent également. Le débat idéologique ne s'est jamais arrêté.
La révolution de mai 1810 et les premières luttes
La Révolution de Mai 1810, à Buenos Aires, fut un point de rupture décisif. Bien que n'étant pas une déclaration d'indépendance formelle, elle marqua le début de la fin de la domination espagnole. Cette insurrection, initiée par des élites créoles mécontentes, déposa le vice-roi Baltasar Hidalgo de Cisneros et installa une junte gouvernementale. Le processus fut complexe et violent, marquant le début d’une longue guerre pour l'indépendance qui allait durer plus d'une décennie. Plus de 50 000 personnes ont été victimes des combats.
La guerre d'indépendance fut marquée par des victoires et des défaites. Des figures emblématiques comme José de San Martín, Manuel Belgrano (vainqueur de la bataille de Tucumán en 1812), Mariano Moreno et Juan José Castelli ont joué un rôle déterminant, chaque dirigeant suivant une stratégie différente et confronté à des défis constants. Les guerres civiles ajoutèrent à la complexité du conflit. Les royalistes espagnols, bien organisés et bénéficiant du soutien militaire de la couronne, restèrent une menace constante.
Le congrès de tucumán et la déclaration d'indépendance
Le contexte du congrès et les enjeux majeurs
Le Congrès de Tucumán, qui débuta en mars 1816, se tint dans un contexte de guerre et d'incertitude. L’armée espagnole menaçait toujours les provinces argentines, et les divergences politiques entre les différentes régions restaient considérables. L'objectif principal du Congrès était de définir l'avenir politique du pays, à savoir la question cruciale de l'indépendance.
Les débats au sein du Congrès furent longs et difficiles. La situation militaire était précaire, avec l’armée royale encore active et puissante, et 30 000 soldats mobilisés. Cependant, des avancées militaires significatives, comme la victoire à la bataille de Chacabuco (1817) par San Martín, ont encouragé le processus de proclamation.
Les débats et les voix dissidentes
Le processus de rédaction de la Déclaration d'indépendance fut marqué par de vifs débats. Certains délégués hésitaient à déclarer une indépendance totale par crainte de représailles espagnoles. D'autres, plus radicaux, pressaient pour une rupture immédiate. Des compromis furent nécessaires, des concessions faites. Le texte final, adopté à une majorité écrasante, affirmait clairement la décision irrévocable de l'indépendance. Le texte comportait 25 articles, faisant référence à des droits naturels et à la souveraineté du peuple.
- La déclaration mentionnait l’abolition de l’esclavage, même si cette mesure n’a été pleinement appliquée que des années plus tard.
- La déclaration évoquait la nécessité d’une organisation politique basée sur les principes de la liberté et de la souveraineté populaire.
- Des représentants de plusieurs provinces (dont Buenos Aires, Córdoba, Tucumán, Salta, San Juan, Mendoza, San Luis, La Rioja, Catamarca et Santiago del Estero) ont participé au vote final.
Les conséquences immédiates de l'indépendance
La déclaration d’indépendance n’a pas mis fin immédiatement à la guerre. Elle a cependant eu un impact significatif sur le moral des troupes et des populations argentines. Dans certaines régions, l’annonce a été accueillie par des manifestations de joie, tandis que dans d’autres, l'incertitude et les craintes de représailles restèrent importantes. Il faut rappeler que les campagnes étaient encore sous contrôle espagnol.
À l'étranger, la nouvelle de l'indépendance argentine fut accueillie différemment. Certaines puissances européennes, notamment les États-Unis, ont rapidement reconnu le nouveau pays. D'autres ont continué à soutenir l'Espagne. Le gouvernement espagnol lui-même considérait la déclaration comme illégitime et promit de reprendre le contrôle des territoires perdus.
L'argentine après l'indépendance: un processus long et difficile
Consolidation de l'indépendance et défis continus
Les années qui ont suivi la Déclaration de 1816 ont été marquées par des conflits internes et des guerres civiles. La menace espagnole a persisté pendant plusieurs années, et les rivalités régionales ont entravé la formation d’un État-nation unifié. L’indépendance n’a pas apporté automatiquement la paix et la stabilité. Il a fallu des décennies pour consolider la nouvelle nation.
- La guerre civile entre unitaires et fédéralistes a opposé les partisans d'un État centralisé à ceux qui privilégiaient le pouvoir des provinces.
- La reconquête espagnole a continué d'être une menace pendant plusieurs années. Plusieurs batailles importantes ont eu lieu après 1816 pour assurer la victoire définitive de l'indépendance.
- Des luttes de pouvoir ont eu lieu entre différents leaders et factions politiques. Ceci a retardé la construction d'institutions solides.
Mythes et réalités de l'indépendance argentine
L'histoire officielle de l'indépendance argentine a souvent mis l'accent sur l'unité et la détermination du peuple argentin. Cependant, cette image héroïque occulte des réalités plus complexes. Les inégalités sociales et économiques persistaient, et une grande partie de la population n'a pas bénéficié des fruits de l'indépendance. La construction d’une identité nationale a pris du temps et fut un processus complexe.
L'indépendance a été un processus inégal, qui a avant tout bénéficié aux élites créoles. La question de l'esclavage, par exemple, n'a pas été résolue immédiatement. Les indigènes ont continué à être marginalisés. La construction d'une nation unie et juste a été un long chemin, semé d'embûches.
L'héritage de la Déclaration d'indépendance de 1816 demeure un élément fondamental de l'identité nationale argentine. Ce jour commémore la lutte pour la liberté et l'autodétermination, et rappelle les défis continus de la construction d'une nation juste et équitable. La mémoire collective de cette période a façonné l'Argentine moderne.